«Ordre nouveau & collaboration», Notes Documentaires et Études,
n° 75, ministère de l'Information, directions des Informations,
9 juin 1945, Paris

Le document que nous publions ci-dessous a été établi
par un commissaire des Renseignements généraux de la Haute-Vienne,
à la date du 4 juillet 1944.

Ce témoignage essentiel sur le crime perpétré il y a un an,
par une compagnie de SS, se passe de commentaires.

Il présente un intérêt d’autant plus grand qu’il a été rédigé
par un fonctionnaire du «gouvernement» de Vichy.




a commune d’Oradour-sur-Glane, située sur le canton de Saint-Junien,
à 13 kilomètres de cette ville et 22 kilomètres à l’est de Limoges,
comprend une population de 1750 habitants.
Elle se compose d’un bourg qui s’étend le long du chemin
de grande communication n° 3, à partir de la Glane,
sur une longueur de un kilomètre environ,
et qui compte approximativement 800 habitants,
et de petits hameaux éparpillés dans la campagne à des distances variables.

Dans le courant de l’après-midi du 10 juin dernier,
le bourg d’Oradour fut le théâtre de sévères représailles
exercées par des troupes allemandes qui procédèrent à l’exécution
de tous les habitants du bourg sans distinction.
Des foyers d’incendie furent systématiquement allumés à l’intérieur
de toutes les maisons d’habitation, édifices publics, église et granges,
et le bourg d’Oradour dans son intégralité tomba en ruines.

Tous les immeubles sans exception ont été la proie des flammes et ne conservent que leur stricte ossature, déchiquetée par places par les brasiers. Des coquettes villas, des maisons rustiques, mais confortables, subsistent uniquement les murs latéraux privés de leurs portes et fenêtres, noircis et écroulés par endroits. Les toitures, les planchers, en général, se sont effondrés sur le sol en formant des amas de décombres constitués par des poutres, des pierres, des moellons, des plâtras. Tous les meubles ont été détruits et l’on peut voir des objets métalliques tels que les ustensiles de cuisine, les cadres de bicyclette, les appareils sanitaires, les radiateurs de chauffage central tordus et parfois déformés par l’ardeur des flammes.

Du bourg désert, où seuls des murs noircis
et meurtris en révèlent encore l’existence, plusieurs jours après l’incendie,
une odeur âcre se dégageait encore des brasiers et des charniers.