Nous reproduisons ci-dessous le
témoignage porté sur le camp de Struthof
Le camp est entouré par une
double enceinte de fils barbelés et électrifiés, Nombre de SS: 250 à 400 environ. À lintérieur de lenceinte se trouvait une série de baraques en bois pouvant contenir 160 personnes chacune, une baraque spéciale avec salles de tortures, dautopsie, four crématoire et une autre baraque contenant une chambre à gaz. Le nombre des détenus variant
sans cesse, allait de 3000 à 6000, tant Russes
nourriture La nourriture était peu
abondante. Lancien garde du camp Jean Ehrardt
déclare: «On donnait aux détenus, le matin après le
réveil (en été 4h30 en hiver 5h30), un peu de café
sans sucre ni pain; à 9 heures, environ 100 grammes de
pain avec un peu de margarine; à midi, ainsi que le
soir, 150 grammes de pain et une soupe qui nétait
que de leau.» De plus, une partie des aliments
réservée aux détenus était souvent détournée de sa
destination. habillement et couchage Très peu habillés,
nayant quune ou deux couvertures en coton,
les détenus couchaient sur des paillasses. «Jai
vu, poursuit Jean Ehrardt, pendant des périodes de
surpeuplement du camp, cinq détenus dormir sur deux
paillasses.» régime du travail Les détenus travaillent dans des carrières de granit et de sable ainsi quà la construction de routes. Le travail était très pénible; on exigeait, en effet, des travailleurs un rendement très élevé, et, lorsquils natteignaient pas le rendement forcé, ils étaient privés de nourriture pour le lendemain. Le travail était surveillé par un chef nommé «Capo», détenu lui-même, désigné par les surveillants du camp. Ce chef déquipe était responsable de leffort des détenus, en ce sens quil devait stimuler leur travail en les battant à coups de bâton au besoin, et, lorsque le rendement forcé nétait pas atteint, il recevait lui-même 25 coups de bâton, à moins quil ne prouve quil avait, pendant le travail, battu les détenus, en montrant les traces des coups sur le corps des détenus. Les «Capo», recrutés parmi les criminels de droit commun, avaient sur les autres détenus un droit de vie et de mort. Sur les lieux de travail, les détenus étaient entourés dun cordon de SS. Tous les détenus qui essayaient de traverser ou qui par malheur étaient à hauteur du cordon étaient abattus à la mitraillette. Un des geôliers SS Fuchs, de souche alsacienne de Mulhouse, était particulièrement connu pour sa cruauté. Lorsquil arrivait un nouveau convoi de «bleus» et que ces derniers parvenaient sur les lieux de travail, Fuchs prenait la casquette de lun des détenus et la jetait à lextérieur du cordon de surveillance en disant: «Si ce soir tu nas pas ta casquette à lappel, tu sais ce qui tattend.» Le bleu essayait de chercher son couvre-chef et cest alors que Fuchs le descendait à la mitraillette. Motif: «A essayé de sévader.» Tous les soirs, il y avait
appel. Il arrivait souvent que le chef du camp
sexprimait en ces termes «Ce soir vous êtes 465;
demain matin, je ne veux en voir que 460.» Il fallait
que ce désir soit accompli et alors, la nuit, un
bourreau passait dans les baraques et, au hasard, pendait
ou étranglait cinq de ces malheureux. Le lendemain, à
lappel, on ne comptait que 460 détenus. discipline Le régime disciplinaire était rigoureux. Les gardiens avaient le droit de frapper les détenus et lâchaient leurs chiens sur eux. Les «Capo» eux-mêmes avaient droit de vie et de mort sur leurs camarades. Le nommé Schanger, chauffeur du
camp de Natzwiller, déclare que, Environ 15 jours ou 3 semaines
après larrivée de ces 50 Français, raconte
Schanger, jai pu entrer en conversation avec
lun deux qui ma dit que des Les gardiens, ayant droit à une prime lorsquils ramenaient mort ou vif un détenu qui sétait évadé, tuaient parfois un détenu, qui navait nullement cherché à sévader, pour toucher la prime, prétextant ensuite quil y avait eu tentative dévasion. Un ex-détenu du camp de Struthof, évadé en août 1942, Martin Winterberger, natif de Greswiller, rapporte les faits suivants: Le 12 décembre 1941, le matin
à 9 heures, les détenus sont rassemblés. On porte à
leur connaissance quun paquet de tabac a été
volé à lun des gardiens et que le délinquant
devra le rendre sur le champ; tous les détenus
déclarent ne pas être en possession de tabac, et
cest alors que les brutes SS commencent leur jeu
macabre. Ordre est donné à tous de se déshabiller; il
faut une température de Pour une bagatelle, les détenus étaient frappés à coups de bâton ou de cravache, le nombre de coups variant suivant la gravité de la faute commise (25, 50, 75, 100). Une autre torture consistait à pendre les détenus par les mains pour leur faire avouer quelque chose. W... a été pendu pendant 3
heures et il en résulta des souffrances inimaginables;
ce qui ne lempêcha pas de garder le silence le
plus complet, ce qui exaspérait les geôliers. soins Absence complète de soins.
Ainsi les détenus frappés par leurs gardiens mise à mort Celle-ci avait lieu pour la moindre vétille et sexécutait par pendaison ou fusillade, sans oublier lasphyxie par passage dans la chambre à gaz ou la mort des suites dexpériences médicales. Le commandant du camp dressait toutes les semaines un état numérique des morts quil envoyait à ses supérieurs. Nous possédons le modèle de cet état où on relève 5 catégories de morts: morts par maladies, fusillés, pendus par exécution, pendus par suicide (individus se pendant eux-mêmes après en avoir reçu lordre); suicidés. Les morts étaient incinérés
dans le four crématoire et leurs cendres servaient
dengrais au potager du camp; seules les cendres des
victimes allemandes (car ils exécutaient des détenus
allemands) étaient recueillies dans les urnes, vendues expériences médicales Les prisonniers servaient de cobayes à des médecins de Strasbourg, en particulier aux docteurs Hirth, Wimmser et von Haagen. Les médecins susnommés pratiquaient, avec la complicité des SS, des injections de lèpre, de peste et dautres maladies sur les détenus de manière à observer les effets de ces contaminations; plusieurs traitements étaient essayés pour une même maladie. Lexpérience terminée, si les sujets nétaient pas morts, ils étaient exterminés et incinérés. Ainsi, en 1944, 200 personnes sont mises à la disposition du docteur von Haagen et 150 sont alors immunisées contre le typhus exanthématique, 50 étant réservées comme témoins. À lensemble des 200, il est alors inoculé du virus typhique (déposition de Melle Schmidt, assistante du professeur von Haagen). De même, ces médecins faisaient des expériences avec des gaz sur ces malheureux dans une chambre à gaz située hors du camp. En une seule journée, le 10 août 1943, 86 femmes furent asphyxiées et leurs corps incinérés immédiatement après. Il est de même établi que: - le 11 août 1943, 15 femmes furent gazées; - le 13 août 1943, 14 femmes furent gazées; - le 17 août 1943, 30 hommes furent gazés; - le 19 août 1943, 20 hommes
furent gazés; nombre total des victimes au camp 1668 femmes environ et plus de 10000 hommes, sur un total de 45000 détenus passés dans ce camp. Parmi les exécutions en masse
il faut citer: (...) [Létude se termine par un compte rendu denquête du «Service de recherche des crimes de guerre» sur lactivité criminelle du professeur Hirth directeur de lInstitut danatomie de Strasbourg pendant loccupation] (1) Les documents utilisés pour établir ces témoignages sont les suivants: 1.
Schaef: dossier transmis le 12 janvier 1945 par le Major
G. Shapp; dossier transmis le 2 mars 1945 par le Major G.
Shapp. |